Il fallait s'y attendre. En ces temps sombres, j'ai envie de trucider mes congénères par paquets de douze ! Je ne supporte plus les gens, leur bêtise si obstinément obscène et infinie.
En rentrant chez moi, ce midi, je tombai dans un embouteillage dont la cause ne tarda pas à se révéler : étendu au beau milieu de la route, un motard autour duquel les secouristes s'affairaient dans l'attente de l'arrivée de l'ambulance (j'aurais bien aimé que certains desdits secouristes s'affairent autour de ma personne pour d'autres raisons et en d'autres lieux, mais bref). J'admirai alors avec fascination les grappes de badauds en maillots de bain, les bras croisés, amassés en cercle sur tous les trottoirs entourant le lieu du drame, regardant de leurs yeux obscènes et sans scrupules, encore plus attentifs qu'aux concerts du samedi soir qui égrènent notre bord de mer. Mieux, tous les balcons des immeubles alentour étaient remplis des mêmes regards ahuris de touristes trop contents de quitter l'écran de télévision pour admirer un spectacle autrement plus intéressant !
Enfin, tout fut bien qui finit bien : l'arrivée de l'ambulance arracha un soupir de soulagement au public ; les acteurs tinrent leurs rôles à la perfection ; on put lire dans les yeux des spectateurs une légère déception devant le manque de rebondissements de l'intrigue, surtout sur la fin (un arrêt cardiaque du malheureux, une chute du brancard ou autre aurait été du plus bel effet...), spectateurs qui s'abstinrent, contre toute attente, de saluer la troupe à la fin de la représentation.
Mesdames et Messieurs les spectateurs, je vous salue bien bas, très bas, très très bas, dans la fange où vous évoluez (mais peut-on parler d'évolution en ce qui vous concerne ?), je vous laisse croupir dans votre bouillon infâme et malsain puant la crétinerie perverse et sadique et, par-dessus tout, je vous exècre !